Accessibilité numérique et biais inconscients : Comment éviter de créer des barrières involontaires ?

L’accessibilité numérique est indispensable pour assurer une expérience inclusive à tous les utilisateurs, quel que soit leur profil. Pourtant, malgré les bonnes intentions des concepteurs et développeurs web, des barrières persistent. Ces obstacles proviennent parfois de biais inconscients qui influencent la conception des interfaces et l’expérience utilisateur. Sans une prise de conscience et des actions adaptées, ces biais peuvent exclure involontairement des millions de personnes, notamment celles en situation de handicap. Comment les identifier et les éviter pour créer un web véritablement accessible ?

Comprendre les biais inconscients

Nous aimons penser que nos décisions sont prises de manière rationnelle et objective. Pourtant, notre cerveau est influencé par des mécanismes inconscients qui orientent nos choix sans que nous en ayons conscience : ce sont les biais cognitifs. Parmi eux, les biais inconscients sont particulièrement insidieux, car ils reposent sur des schémas de pensée automatiques et souvent stéréotypés.

Les biais inconscients ou implicites sont des jugements automatiques et involontaires que notre cerveau fait, souvent influencés par notre éducation, nos expériences passées ou notre environnement culturel. 

Les préjugés, quant à eux, sont des jugements ou des opinions formés à l’avance sur une personne ou un groupe de personnes sans preuve ou fondement logique. Ils sont souvent négatifs et véhiculent des stéréotypes tandis qu’un biais inconscient est un mécanisme automatique qui guide nos actions sans intention malveillante.

Ces biais affectent la façon dont nous percevons et réagissons aux autres, sans que nous en soyons pleinement conscients. Par exemple, une personne peut, sans le vouloir, accorder plus de crédit à un interlocuteur qui lui ressemble, simplement en raison de schémas de pensée profondément ancrés. Les biais inconscients peuvent concerner de nombreux aspects, comme le genre, l’âge, l’origine ethnique, ou même les handicaps.

Ce type de biais peut avoir des conséquences dans de nombreux domaines, y compris dans la conception de services numériques.

Quel impact dans le domaine du numérique ?

Dans le design et le développement web, les biais inconscients peuvent mener à la création de sites ou d’applications qui excluent involontairement certains utilisateurs. Par exemple, un designer qui conçoit une interface sans tenir compte des déficiences visuelles peut privilégier des contrastes trop faibles, rendant la lecture difficile pour certaines personnes. 

De même, un développeur qui n’a jamais été confronté à des troubles de la motricité fine peut oublier d’optimiser la navigation au clavier pour les personnes ne pouvant pas utiliser une souris.

Prendre conscience de ces biais est la première étape pour les atténuer. Ensuite, il est essentiel d’adopter une approche inclusive en impliquant des profils variés dans la conception des services ou produits numériques. Tester les interfaces avec des utilisateurs aux besoins divers, s’appuyer sur les normes d’accessibilité du RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité) et se former sont autant de moyens d’éviter que ces biais inconscients ne deviennent des obstacles à l’inclusion numérique.

Exemples de biais inconscients en design et développement web

Plusieurs types de biais inconscients peuvent impacter l’accessibilité numérique :

  • Le biais d’omission : Négliger certaines catégories d’utilisateurs par manque de connaissance (ex. : oublier l’importance du contraste pour les personnes atteintes de daltonisme).
  • Le biais de confirmation : Concevoir des interfaces en fonction de ses propres préférences et expériences (ex. : tester un site uniquement avec une souris et oublier les utilisateurs naviguant au clavier ou via des commandes vocales).
  • Le biais de familiarité : Utiliser des modèles de conception connus sans se demander s’ils sont adaptés à tous (ex. : une icône sans libellé qui peut ne pas être comprise par tout le monde).

Ces biais, bien que non intentionnels, entraînent des difficultés d’accès et d’usage pour de nombreux internautes.

Stratégies pour identifier et atténuer ces biais

La première étape pour limiter les biais inconscients est de les reconnaître. Former les équipes de design et de développement aux principes de l’accessibilité numérique permet d’éveiller leur conscience sur les impacts de leurs choix. Des ateliers, des formations en ligne ou des conférences spécialisées peuvent aider à mieux comprendre les besoins des utilisateurs en situation de handicap.

Les tests utilisateurs sont essentiels pour identifier les barrières involontaires. Cependant, il est important d’inclure des personnes ayant des profils variés, notamment des personnes en situation de handicap. En observant comment elles interagissent avec un site ou une application, il est possible de repérer et de corriger des problèmes qui seraient passés inaperçus autrement.

S’appuyer sur des référentiels comme ceux des WCAG ou, en France, celui du RGAA est un moyen efficace de passer outre les biais inconscients. Ces normes fournissent des recommandations précises pour rendre les contenus accessibles à tous. Effectuer un audit d’accessibilité numérique de votre service numérique reste la meilleure option pour détecter tous les problèmes liés à sa conception.

Éviter les biais inconscients : bonnes pratiques pour un service numérique accessible

Un service accessible doit être pensé pour s’adapter aux différentes façons dont les utilisateurs interagissent avec le web. Voici quelques principes à respecter :

Conception visuelle et interface utilisateur

  • Assurer un contraste suffisant entre le texte et l’arrière-plan pour améliorer la lisibilité.
  • Utiliser une typographie lisible et ajustable, en évitant les polices fantaisistes et en permettant aux utilisateurs d’agrandir le texte sans perte d’information.
  • Ne pas utiliser la couleur comme seul indicateur d’une information.
  • Éviter les animations excessives et offrir la possibilité de les désactiver pour les personnes sensibles aux stimuli visuels.

Navigation et interaction

  • Permettre la navigation au clavier pour les utilisateurs ne pouvant pas utiliser une souris.
  • Utiliser des liens et boutons explicites, en évitant les « Cliquez ici » vagues.
  • Créer une structure logique avec des titres bien hiérarchisés (H1, H2, H3…), pour permettre aux lecteurs d’écran de comprendre l’organisation du contenu.
  • Fournir un retour visuel sur les éléments interactifs, comme un surlignage clair lorsqu’un bouton est sélectionné via le clavier.

Contenus et médias

  • Ajouter des alternatives textuelles aux images, permettant aux lecteurs d’écran de décrire les visuels porteurs d’information aux personnes malvoyantes ou atteintes de cécité.
    Sous-titrer et transcrire les contenus audio et vidéo, pour les personnes atteintes de surdité ou malentendantes.
  • Utiliser l’audiodescription pour décrire les éléments visuels essentiels d’une vidéo.

Développement technique

  • Respecter les standards du web en évitant les solutions qui pourraient bloquer certaines technologies d’assistance.
  • Identifier et corriger les erreurs courantes en testant l’accessibilité,  en vérifiant par exemple que la navigation par clavier est fonctionnelle (avec la touche TAB du clavier), en apprenant comment fonctionne un lecteur d’écran etc.
  • Effectuer des tests utilisateurs avec des personnes en situation de handicap, pour évaluer concrètement l’accessibilité du service et identifier les obstacles restants.

L’accessibilité est un processus évolutif et adopter une démarche de conception universelle permet d’anticiper et d’éliminer de nombreux biais. Cette approche consiste à penser un produit ou un service de manière à ce qu’il soit utilisable par le plus grand nombre dès sa création.

Maîtriser son inconscient pour un monde numérique vraiment inclusif

Les biais inconscients sont donc une réalité inévitable, mais ils ne doivent pas être un frein à l’accessibilité numérique. En sensibilisant les équipes, en intégrant des tests inclusifs et en suivant les bonnes pratiques, il est possible de concevoir des interfaces accessibles à toutes et tous. 

Un web inclusif ne profite pas seulement aux personnes en situation de handicap, mais améliore l’expérience utilisateur pour l’ensemble des internautes. En prenant conscience de ces biais et en agissant activement pour les réduire, nous contribuerons à rendre Internet plus juste et équitable pour tous.

Si vous souhaitez en savoir plus ou commencer à mettre vos services numériques aux normes, n’hésitez pas à nous contacter pour discuter de vos besoins !

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